La bataille de Montesquieu 1794

 

En l’an II, (1793) la France révolutionnaire de la Convention et du Comité du Salut Public, en proie à des luttes intestines (Vendée, Girondins contre Montagnards, les troubles de rue) et à la volonté d'influencer par ses idées les monarchies voisines, déclara une guerre à la coalition entre l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse. Cette dernière se contentant de défendre les intérêts de la famille de Louis XVI.

Le roi d’Espagne, Charles IV, un Bourbon descendant du petit-fils du roi de France, Louis XIV, va plus loin en proposant sa neutralité en échange de la préservation de la vie de son cousin. Elle fut refusée par deux fois sur les paroles de Danton : "Les vainqueurs de Jemmapes retrouveront, pour exterminer tous les Rois de l’Europe, les forces qui les ont déjà fait vaincre". Et le 27 mars 1784 la guerre est proclamée contre le royaume d'Espagne.

Contrairement aux idéaux de la révolution, la guerre de l’an II est défensive, et ce sont des sans-culottes, des gens du peuple, qui constituent une armée indisciplinée, mal nourrie et mal équipée. Ainsi l’armée espagnole, forte de plus de 30 000 hommes commandés par le Général Don Antonio RICARDOS, progresse rapidement par le col de Portell, s’empare de la forteresse de Bellegarde (contruite par Vauban). Ouvrant la porte du Perthus, elle se déploie le long de la rivière du Tech jusqu’à la côte, et est arrêtée aux portes de Perpignan par l’Armée de sans-culottes des Pyrénées-Orientales à la bataille du Mas Ros (à la Serra d’en Vaquer).

Les Espagnols confortent leurs positions en établissant un camp au Boulou, appuyé en hauteur par la fortification et l’armement de la redoute qui domine le village de Montesquieu, et par le camp des Trompettes, en contrebas du village aux abords du Tech. Ceci afin de protéger la route stratégique du Perthus (ancienne Via Domitia).

Durant l’année 1793, les nombreux assauts de l’Armée Française des PO, ont échoué. Vingt fois Montesquieu fut attaqué sans succès. Pendant l’hiver, les 35 000 Français épuisés dans les cantonnements, furent réorganisés par le Général en chef DUGOMMIER.

Son plan : séparer en deux l’armée espagnole et lui couper la retraite du col du Perthus dont le commandement est repris par le Général LA UNION.

Le 27 mars 1794 des offensives séparent les lignes espagnoles de Collioure (autre accès vers l’Espagne par la côte). Le 30 avril, le Général PÉRIGNON se voit confier, par DUGOMIER, le commandement de 17 000 hommes.

En une nuit, les points d’attaque doivent être en position. ANGEREAU feint une attaque vers Céret, LA UNION dégarnit la ligne des Albères au niveau de Laroque. Ce dont profite l'armée française qui se déploie par le gué de Brouilla. L’élite de l’armée, 3 000 chasseurs, gagne le Pic Saint Christophe (1015 m) qui domine la place forte de Montesquieu. Un axe délaissé les Espagnols. Des mulets portent à dos l’artillerie. De là, 800 chasseurs descendent jusqu’aux Cluses Basses (attenantes à la route du Perthus) en passant par la Croix des Signaux. L’exploit de cette expédition montagnarde nocturne est d’autant plus périlleux, qu’un guet aurait pu donner l’alerte.

Durant ce temps, le gros de la division, devait se porter en trois colonnes sur Saint Génis, Villelongue et le camp des trompettes. Quelques temps auparavant, les soldats de Charles IV, craignant une attaque, s’étaient retranchés au Boulou, laissant les redoutes de Montesquieu et des Trompettes en moyennes défenses.

Le premier mai 1794, tout était paré pour la bataille de Montesquieu. Le village qui présentait déjà une excellente défense par lui-même avait vu son vieux château fort relevé de ses ruines et consolidé d'un mur qui enserrait sa butte escarpée. Vingt obusiers et trois canons de gros calibre. La citadelle était défendue par le général VENEGAS.

A 6 heures du matin les Espagnols sont stupéfait de voir les hauteurs de la montagne couronnées de soldats. Montesquieu est assailli de tous côtés à la fois, pendant que deux pièces françaises établies à Villelongue font feu.

C’est ici qu’intervient le lieutenant LANNES (ci-contre) : il attaque le premier à la tête de 500 grenadiers et chasseurs. Le futur Maréchal (dont la bravoure sauva la vie de Napoléon à la bataille d’Arcole en Italie), vit ses assauts, et ceux de l’armée tout entière, brisés par la puissante redoute de Montesquieu, rendant longtemps la bataille indécise. Enfin, au terme d’une très dure journée, LANNES et les forces Françaises, dans un assaut général, finissent par emporter la place. La bataille de Montesquieu a promu le petit lieutenant au rang de chef de brigade.

Au premier bruit de canon, LA UNION envoie le Prince de MONTFORTE avec quelques bataillons pour seuls secours - (il aurait dû accourir sur ce point avec toutes ses forces). MONTFORTE arriva d’ailleurs trop tard. VENEGAS blessé mortellement, venait d’abandonner la redoute de Montesquieu pour se retirer sur une hauteur vers la batterie des Signaux .


Pendant ce temps, les Trompettes Hautes reprises, les canon sont retournés vers le Boulou. Les Espagnols, pour qui la route de Bellegarde est coupée, repassent par le col de Portell, abandonnant leur matériel et une partie de l'artillerie car de l’ascension.

La manœuvre conçue par DUGOMMIER fut admirablement exécutée face à un ennemi de valeur et est inscrite, pour la postérité, sur l’Arc de Triomphe, sous le nom de Bataille du Boulou.

Enfin, un tableau peint par RENOUX en 1837 pour la Galerie Historique du château de Versailles, représente la prise du Pic Saint Christophe.

Vous retrouverez certains objets consernant cet événement au musée du village.